Myanmar : les souffrances de milliers de chrétiens Kachin

L’Agence Fides a publié, le 24 juin, une dépêche alarmante sur le sort d’une partie de la minorité kachin (ou jingpo), essentiellement des chrétiens, dans l’État de Kachin au Myanmar (Birmanie) qui survit sous une des pires dictatures de la planète, contrôlée par une junte militaire depuis 1988 (le régime “civil” mis en place cette année n’étant qu’une marionnette des militaires). Dépêche suivie d’une seconde datée du 27 juin, suite à l’exhortation de l’évêque catholique de Myitkyia. Voici le texte de ces deux dépêches. D.H.

  • [24 juin] « Les combats font rage, les militaires gouvernementaux n’hésitent pas à se rendre coupables d’atrocités et de vengeances contre la population civile. On compte plus de 10 000 civils d’ethnie kachin, en majorité chrétiens, en fuite, victimes de la violence ». Tel est le cri d’alarme lancé à l’Agence Fides par un prêtre du Diocèse de Myitkyina (dans le nord du Myanmar), qui souhaite demeurer anonyme pour raisons de sécurité. Le prêtre raconte, avec une extrême préoccupation, la situation de la guerre civile en cours depuis deux semaines environ dans l’État de Kachin (l’un des 14 États et Territoires [provinces] du pays), territoire qui se trouve sous la juridiction du diocèse catholique de Myitkyina. Il s’agit d’un conflit dont les nouvelles se font toujours plus rares et dans le cadre duquel se font face l’armée gouvernementale et les guérilleros de la « Kachin Independent Army », sachant que l’accès à l’information est limité par le fait que le gouvernement « a fait en sorte de couper les lignes électriques et téléphoniques d’une grande partie du territoire, isolant la zone » indique le prêtre.
  • Les affrontements ont débuté, raconte la source de Fides, parce que le gouvernement birman a signé un accord avec la Chine populaire en vue de la construction d’une digue qui alimentera une centrale hydroélectrique sur le territoire kachin. La centrale fournira de l’énergie à la population chinoise et le projet causera l’évacuation et l’engloutissement de villages et de territoires où vit la population kachin qui s’est par suite révoltée. Les négociations des mois derniers n’ont pas apporté de résultats positifs « parce qu’une partie des responsables militaires n’a aucun respect pour les droits des populations appartenant à des minorités ethniques ». L’épisode a donc été considéré comme un casus belli utile pour mener une répression violente à l’encontre des kachins.
  • « Aujourd’hui, plus de 10 000 personnes, presque tous chrétiens – poursuit le prêtre – fuient la guerre et passent les frontières de la Chine et de l’Inde. Par ailleurs, des centaines d’évacués sont accueillis dans les églises et les temples bouddhistes. La situation est dramatique en ce que la population civile, déjà très pauvre, est à bout ».
  • En outre, attendu que les guérilleros se cachent dans la forêt, « les soldats de l’armée birmane, lorsqu’ils rencontrent des villages kachins, n’hésitent pas à se rendre coupables de violences et d’atrocités sur les civils par vengeance », explique la source de Fides, commentant la nouvelle des viols systématiques perpétrés sur les femmes d’ethnie kachin. « Pour l’instant, nous ne pouvons pas confirmer directement cette horrible nouvelle mais nous la considérons comme fondée : en temps de guerre, de telles infamies sont possibles et l’armée a démontré plusieurs fois par le passé recourir au nettoyage ethnique contre les minorités karen, shan, kachin et d’autres ethnies vivant sur le territoire birman » rappelle-t-il.
  • Dans cette douloureuse situation, « l’Église locale de Myitkyina fait tout son possible pour accueillir les évacués, réconforter et encourager la population, exhortant les fidèles à s’aider réciproquement. En outre, les prêtres, les religieux et les fidèles prient incessamment pour la paix, confiant à Dieu leur immense souffrance ».
  • [27 juin] La guerre ne connaît pas de trêve dans l’État de Kachin, dans le nord du Myanmar. Alors que la violence sévit encore, mettant à dure épreuve la population civile, la solidarité envers la population d’ethnie kachin (un million de personnes en grande majorité chrétiennes) s’organise au travers de la Caritas Myanmar (Karuna).
  • Demandant à conserver l’anonymat pour raisons de sécurité, un prêtre du diocèse de Myitkyina (qui couvre le territoire de l’État Kachin) raconte à Fides la situation difficile à laquelle sont confrontés les fidèles. « Les violences et les bombardements se poursuivent. Le problème pour les évacués est d’abandonner les récoltes ce qui signifie pour eux la faim, la souffrance et la disparition du travail et des sacrifices d’une année. Les églises sont ouvertes pour les accueillir, la Caritas s’est mobilisée et de tous les diocèses, parviennent des aides destinées aux diocèses de Myitkyina et de Pamo, intéressés par le conflit. Les nouvelles sont fragmentaires mais nous savons que les souffrances des civils continuent et que le nombre des évacués augmente : ils sont désormais plus de 10 000. Tout est rendu encore plus difficile par la saison des pluies ». Actuellement, indique le prêtre, 800 évacués campent à Myitkyina, 220 dans l’église catholique de Saint Joseph, 330 dans l’église baptiste et d’autres éparpillés dans les temples bouddhistes et dans les villages des alentours.
  • Les civils et les évacués qui se trouvent dans les zones de conflit, isolées en termes de communication, sont cependant rejoints par les ondes de Radio Veritas et de Radio Free Asia. Radio Veritas s’adresse aux évacués en les encourageant et en les informant sur les combats, les invitant parfois aussi à quitter les territoires pour leur sécurité.
  • Ainsi que l’indique à Fides l’Église locale, S.Ex. Mgr Francis Daw Tang, évêque de Myitkyina, très préoccupé par la situation des fidèles kachins, est intervenu sur Radio Veritas lançant un appel à la population et disant : « Je prie pour vous, mon petit troupeau, et je ne vous abandonne pas. L’Église est prête à vous aider, nos églises et nos fidèles vous accueillent à bras ouverts afin de sécher vos larmes et de consoler votre souffrance. Restez unis, portez les fardeaux les uns des autres, le Seigneur est proche de vous. Espérez en Lui, nous tous continuons à prier pour la paix ».
  • Entre temps, dans le reste du Myanmar, aucune nouvelle ne circule sur le conflit en cours dans le nord du pays. Le journal officiel du régime ne l’évoque pas ou, lorsqu’il le fait, il adosse la responsabilité des violences aux rebelles de l’armée Kachin. La pression internationale s’accroît cependant : l’administration américaine a demandé la fin des hostilités et une enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme constatées dans le conflit en cours.

Sources : Agenzia Fides (24 et 27 juin)


Commentaires

2 réponses dans “Myanmar : les souffrances de milliers de chrétiens Kachin”

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  1. Véronique dit :

    D’après l’Express, la cupidité (un appât habituel du Malin) joue un grand rôle dans ces exactions :
    .
    « Il est vrai que la présence de la Chine, de plus en plus affirmée, comme en témoignent les projets de barrages hydroélectriques en cours dans le nord du pays, rend le dossier hautement sensible dans les sphères internationales. Avec un PIB de moins d’un millier d’euros par habitant, la Birmanie est un des pays les plus pauvres au monde, mais les richesses de son sous-sol – pierres précieuses, cuivre, gaz, pétrole – attirent l’appétit du voisin chinois. Un appétit qui pourrait expliquer la reprise en main des provinces par le pouvoir central, soucieux d’offrir à Pékin un terrain « stabilisé » et sûr. »

  2. lili dit :

    SEigneur on tante de faire taire tes petits partoutdans le monde alors que les pierres crient!!!

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