Retour sur l’assassinat du recteur du séminaire de Bangalore : ce n’est pas un crime crapuleux

Églises d’Asie revient, dans une dépêche datée d’hier, sur l’assassinat du recteur du séminaire de Bangalore (Inde) que j’ai signalé ici. En voici de larges extraits qui accréditent la thèse que le crime n’était pas crapuleux mais haineux et prémédité…

Le P. Thomas a été retrouvé mort à l’aube du lundi 1er avril, baignant dans son sang, le visage tellement mutilé que ceux qui l’ont découvert ont eu du mal à l’identifier. Les traces de pas, les nombreux coups portés et les traînées de sang semblent indiquer que le prêtre a tenté d’échapper à ses agresseurs – ils auraient été trois selon la police – qui l’auraient poursuivi depuis sa chambre près de l’entrée du bâtiment jusqu’au réfectoire situé au rez-de-chaussée pour finir par le frapper dans la cour centrale où ils lui auraient écrasé le visage et la tête à coups de briques. Le corps du recteur a été ensuite traîné jusqu’à la salle de repos des professeurs où il a été retrouvé au petit matin par le P. Patrick Xavier, économe du séminaire.

La mort a dû survenir entre 2h30 et 3 heures du matin, ce qui concorde avec le témoignage du P. Patrick Xavier, lequel a déclaré avoir entendu du bruit et des cris, mais les avoir attribués à la violente pluie de mousson qui s’abattait alors sur Bangalore. Les deux agents de sécurité du séminaire ont reconnus, quant à eux, avoir quitté leur poste pour se mettre à l’abri de l’orage et s’être endormis.

La police a déclaré ne vouloir écarter aucune piste, le mobile du meurtre demeurant le principal mystère de l’affaire, le P. Thomas étant décrit de façon unanime comme un « homme de paix et de générosité », n’ayant jamais été la cible d’aucune critique ni l’objet d’aucune querelle. Si les enquêteurs, comme l’entourage du prêtre, semblent avoir rapidement écarté l’inimitié personnelle ou la vengeance pour expliquer l’assassinat du recteur, ils considèrent cependant comme une hypothèse crédible le fait que l’attaque ait pu être préméditée.
« Il y a une possibilité que ce meurtre fasse partie de ces agressions anti-chrétiennes qui se produisent hélas de plus en plus fréquemment au Karnataka, reconnaît le P. Rossignol qui rappelle que l’État a subi ces dernières années de nombreux actes de violences à l’encontre de prêtres, de religieuses ou un grand nombre de destructions de biens d’Église, notamment lors des pogroms de 2008. Mais l’entourage du P. Thomas et les autres prêtres du séminaire pensent qu’il s’agit d’un crime crapuleux, favorisé par les circonstances et la défaillance de la sécurité. »

Cependant, la police, qui avait dans un premier temps envisagé l’hypothèse d’une tentative de vol qui aurait mal tourné, est revenue ensuite sur ses déclarations, soulignant que malgré la mise à sac des bureaux de l’accueil et de la chambre du P. Thomas aucun objet de valeur n’avait été dérobé et que les agresseurs avaient également dédaigné le portable, l’iPad et l’ordinateur du prêtre. L’acharnement avec lequel les trois hommes ont ensuite poursuivi et massacré avec une rare férocité le recteur, ne plaide pas non plus en faveur de l’incident non prémédité.

Selon la police, les agresseurs, qui ont pénétré par la porte principale, « connaissaient les lieux » et « avaient planifié leur action ». L’immense bâtiment était vide de ses 150 pensionnaires – les étudiants venant de partir pour les vacances de Pâques –, les locaux avaient été laissés sans surveillance par les gardes et, autre malheureux concours de circonstances, le commissariat tout proche, qui avait l’habitude d’effectuer des rondes nocturnes devant le séminaire, ne l’avait justement pas fait ce soir-là. Le commissaire chargé de l’enquête a fait également remarquer que des voleurs professionnels auraient difficilement commis certaines erreurs comme d’essayer d’essuyer les traces de sang sur les pavés de la cour avec les vêtements de leur victime, et prendre le temps de saccager les bureaux sans pour autant rien emporter.

Ces récentes déclarations ont contribué à relancer des rumeurs circulant déjà depuis l’annonce du meurtre du recteur lundi 1er avril – sur les réseaux sociaux notamment –, accusant des factions nationalistes du Tamil Nadu ou du Karnataka de s’en être pris au P. Thomas en raison du statut particulier du séminaire Saint-Pierre qui accueille de futurs prêtres en provenance du Karnataka et du Tamil Nadu. Certains nationalistes pro-kannada (comme l’Akhila Karnataka Catholic Chraistara Sangha) réclament en effet depuis plusieurs années que le St Peter’s Seminary soit placé sous la direction exclusive d’évêques du Karnataka et n’accueille que des séminaristes issus de cet État où se trouve aujourd’hui le prestigieux établissement.

« L’histoire même du Séminaire Saint-Pierre va à l’encontre de ces revendications, explique le P. Rossignol sous la direction duquel s’était effectuée en 1968 le « transfert » du séminaire, fondé et géré par les MEP entre les mains des évêques de Pondichéry (Tamil Nadu) et de Bangalore (Karnataka), pour y recevoir les futurs prêtres en formation des deux États. Le P. K. J Thomas était d’ailleurs du Kerala, et nul ne pouvait pas lui reprocher d’être acquis à l’une ou l’autre faction, c’était un homme réputé pour son caractère modéré et conciliant. »

Source : Églises d’Asie

A propos de l'auteur  ⁄ Daniel Hamiche

Daniel Hamiche est journaliste et président de l’association Amitié catholique France/États-Unis. Il a lancé, en 2007, le blogue Americatho (aujourd’hui membre du portail de réinformation Riposte Catholique). Il est administrateur et rédacteur du blogue L’Observatoire de la Christianophobie.

7 Commentaires

  • Répondre
    Loco
    5 avril 2013

    Chaque meurtre est une horreur absolue. Chaque vie arrachée et en plus avec les souffrances que l’on peut imaginer.
    Père Thomas vous êtes unique .
    Personne n’a rien pu faire pour vous venir en aide.
    À présent nous sommes des centaines de milliers à pense au martyre qui a été le vôtre.
    Des centaines de milliers à nous tourner vers Dieu vers lequel vous avez tendu les bras et qui vous a reçu sur la croix.

    • Répondre
      5 avril 2013

      Mais que fait le Pape dans tout ça? A quoi sert d’avoir un  » chef  » qui laisse ses sujets mourir sans leur venir en aide?

  • Répondre
    Jeannot
    5 avril 2013

    Oui c’est triste, très triste !
    Je souhaite à ces criminels une longue et triste fin !

    RIP Père Thomas

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    C.B.
    5 avril 2013

    « les locaux avaient été laissés sans surveillance par les gardes et, autre malheureux concours de circonstances, le commissariat tout proche, qui avait l’habitude d’effectuer des rondes nocturnes devant le séminaire, ne l’avait justement pas fait ce soir-là. »
    Malheureux concours de circonstances ou indice supplémentaire de préméditation?

    • Répondre
      6 avril 2013

      @ C.B.

      Je me pose la même question que vous, j´ajouterai que je trouve celà très
      louche !

      Pauvre homme, que son âme repose en paix !

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    Melmiesse
    5 avril 2013

    le séminaire c’est l’avenir de la foi l’avenir de l’Eglise et tuer son directeur c’est porter atteinte à la transmission de la foi; c’est un crime prémédité; sa mort horrible indique le degré de haine supportée par les chrétiens

  • Répondre
    5 avril 2013

    Combien l’homme est cruel ! Que Dieu est son âme, à ce noble serviteur de Dieu, prêtre martyr à cause de sa foi en Christ. Par Jésus-Christ que tout le mal soit à jamais anéanti de la terre et ôté de l’esprit et du cœur des hommes et que ces meurtriers qui ont tué un innocent soient sévèrement punis par la justice en enfermés à tout jamais pour le restant de leurs jours.

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