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Piss Christ : les Jeunes CNIP exigent le retrait des subventions publiques et la fermeture de l’exposition

Commentaires (1)
  1. Avatar Mitch dit :

    A l’attention des autorités compétentes,

    Le 19 avril 2011, l’oeuvre Piss Christ de Andres Serrano, exposée depuis peu dans les locaux de la collection d’art contemporain Yvon Lambert à Avignon a été vandalisée par deux chrétiens prétendument extrémistes. Cette photographie magistrale représentant un crucifix immergé dans un bain d’urine a provoqué bien avant le 19 avril une indignation légitime de la communauté chrétienne qui fut cependant largement ignorée par les médias nationaux. Aucun débat sérieux ni même aucune réflexion approfondie ne semble avoir été menée par les organisateurs sur l’exposition de cette œuvre. Peu de temps après le saccage, l’œuvre polémique revient sur les murs de la galerie et est présentée au public endommagée comme le symbole de la lutte pour la liberté d’expression.

    Permettez-moi de vous écrire pour vous faire part tout d’abord, de mon indignation en tant que chrétien modéré et surtout de mes inquiétudes de citoyen vis-à-vis du respect de la liberté d’expression et du vivre ensemble dans notre pays.

    Toute liberté a ses limites et tout droit implique des devoirs. C’est la première leçon dispensée aux collégiens en cours d’enseignement civique. A en juger de la façon inappropriée de traiter l’affaire par les médias et les pouvoirs publics, il semble que la liberté d’expression échappe, sur certains thèmes, à cette règle simple et pourtant fondamentale de l’exercice de toute liberté. A lire la presse ainsi que les déclarations des divers responsables de l’exposition, tous les actes et toute la communication ont été tournées exclusivement vers la condamnation du vandalisme et la poursuite autiste de l’exposition. Rarement, les journalistes se sont interrogés sur la légitimité de la colère de la communauté insultée et plus grave, à aucun moment un représentant de l’Etat, pourtant partie prenante de l’exposition n’a daigné s’interroger sur le bien fondé de la présence de l’œuvre de M. Serrano.

    Loin de moi l’idée de brimer la liberté offerte à l’artiste de créer. L’Art est bien souvent subversif et la vocation de l’artiste authentique est de bousculer les codes pour imposer son style, sa vision. Il est donc raisonnable de penser que la liberté d’expression ne doit donc jamais empêcher l’artiste de créer, d’innover, sans être bloqué par les contraintes sociales et les dogmes. En ce sens, M. Serrano est irréprochable, c’est un artiste indépendant, il a fait son métier en produisant Piss Christ.

    De toute évidence, on ne peut pas en dire autant des responsables de la galerie qui se sont montrés assez négligents. Je viens d’évoquer le métier de l’artiste, interrogeons-nous sur le rôle des conservateurs. Les conservateurs sont, au même titre que les éditeurs littéraires et cinématographiques, les garants de la liberté d’expression en matière artistique. Experts en leur domaine, ce sont eux qui décident de rendre public ou pas une œuvre lors d’une manifestation culturelle. Leurs prérogatives sont certes, de juger de la valeur artistique d’une œuvre, c’est à dire si elle mérite ou non d’être exposée mais aussi et avant tout, de juger si l’œuvre est exposable ou pas et dans quel contexte. Par exemple, imaginons que le conservateur d’un musée du cinéma à Toulon diffuse Le Triomphe de la Volonté de Leni Riefenstahl (1935) en la présentant comme « une artiste visionnaire et engagée » le tout en plein Yom Kippour. Bien que la qualité artistique de Mme Riefenstahl soit reconnue de tous, cette diffusion serait pour le moins malvenue et le conservateur mériterait au moins un rappel à l’ordre. Dans le cas qui nous intéresse, un conservateur a autorisé la présentation au public d’une œuvre mettant en scène le plus puissant symbole de la foi chrétienne dans de l’urine et le scandale a éclaté en pleine Semaine Sainte et à quelques jours du débat sur la laïcité.

    Le vivre ensemble dans un Etat laïque ne consiste pas simplement en la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans la société multiple qu’est la France, la coexistence harmonieuse des communautés impose de fait un minimum de respect envers les cultes de chacun. En ces temps de frictions, toute provocation trop marquée est interprétée comme une incitation à la haine. Rappelons que quelques jours avant le saccage de l’exposition d’Avignon, un homme a été condamné à trois mois de prison pour avoir uriné sur un exemplaire du Coran à Strasbourg. A la lumière de ces faits, il n’est guère surprenant de voir se développer un sentiment d’inégalité de traitement envers les communautés naître, dans l’esprit de croyants pourtant modérés. Certes, dans un cas, il s’agît d’un acte de provocation stupide et intolérable alors que dans le cas de l’exposition d’Avignon, nous sommes sensés parler d’Art. Le parallèle entre ces deux faits divers et leur proximité temporelle restent cependant saisissants. Sans aller jusque là, il incombait au conservateur de juger si oui ou non il était opportun de présenter, puis, re-présenter Piss Christ au public français en pleine Semaine Sainte. Au vu du ressentiment général, il semble que non.

    Ce principe simple ne suppose en aucun cas une mise à l’index toutes les œuvres d’art abordant de près ou de loin des thèmes religieux ou polémiques. La limite de la liberté d’expression se situe à mon sens là où commence la stigmatisation et la provocation d’une population en particulier. Autrement dit, Art ou pas, la liberté d’expression s’arrête là où commence l’insulte. Notez que l’insulte ne couvre ni le concept de dénonciation légitime, ni celui de la satire. Tant que la liberté d’expression sera assurée,l’artiste aura toujours la liberté de s’indigner contre l’ordre établi et utiliser l’humour ou la caricature pour véhiculer ses convictions, mais une telle liberté ne peut être durablement défendue si l’insulte et la provocation, volontaire ou pas, reste tolérée. Un tel contre sens purement idéologique ne sert pas à redorer le blason de l’Etat, au contraire, il est un terreau idéal pour tous les radicalismes.

    Retirer l’œuvre serait réparer une erreur d’arbitrage sur un thème difficile, ce ne serait pas donner raison aux intégristes et aux vandales. Certes, il est probable que le décrochage de la photographie provoque un nouveau tollé dans les milieux artistiques intégristes. Un tel tapage médiatique ne serait cependant pas cher payé pour la Démocratie en comparaison avec le traumatisme silencieux, mais bien réel, éprouvé par une grande majorité de citoyens dont la confiance en l’Etat est mise à l’épreuve bêtement par ce genre d’affaires.

    Il ne s’agît pas non plus de trouver des excuses aux vandales, leurs actes méritent d’être condamnés car le recours à la violence est illégal, non démocratique et accessoirement, en opposition totale avec les préceptes chrétiens dont ils se disent les défenseurs. Toujours est-il que leur action, si répréhensible soit-elle, était motivée par une colère légitime face à une publication perçue comme insultante pour leur communauté et dont l’Etat était partenaire. Comble de l’humiliation pour les chrétiens modérés qui, précisons-le, constituent l’écrasante majorité de la communauté, leur demande demande bien fondée de retrait de l’œuvre a été confondue avec celles nettement plus farfelues des extrémistes, les faisant passer pour d’ignobles réactionnaires aux yeux de toute la société. Il n’est pas nouveau que la violence discrédite les revendications raisonnables, mais la maladresse de quelques uns ne doit pas pour autant éclipser le grand malaise ressenti par une grande communauté respectueuse des principes républicains.

    Aussi, parce que l’excès de liberté des uns entraîne inévitablement l’oppression des autres et parce qu’aucun citoyen ne peut tolérer que liberté d’expression rime avec humiliation, je demande, au nom de tous ceux qui restent silencieux, de faire retirer Piss Christ avant le 8 mai, date de la fin de l’exposition.

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